Le biathlon français va-t-il faire un flop?

Publié le par coquelicot93

Le biathlon français va-t-il faire un flop?

Chaque jour, deux membres de la rédaction débattent d'une question en rapport avec l'actu des Jeux de Vancouver. Aujourd'hui, François-Xavier Rallet et Laurent Vergne analysent les chances de l'équipe de France de biathlon. Après les quatre médailles (dont deux en or) de Turin, faut-il redouter un fiasco au Canada?

Depuis 1992 et Albertville, le biathlon français déçoit rarement aux Jeux Olympiques. En tout, lors des cinq dernières Olympiades, ce sont dix médailles qui sont tombées dans l'escarcelle de l'équipe de France : 3 en or, 2 en argent et 5 en bronze. A titre de comparaison, c'est seulement une de moins que le ski alpin. Il y a quatre ans, le biathlon tricolore avait confirmé la statistique en trustant près de la moitié des médailles tricolores (4 sur 9) glanées à Turin.

A Vancouver, la donne pourrait ne pas être la même du tout, selon moi. Il ne faut pas se voiler la face. Après les Jeux Olympiques de Turin, une page s'est tournée. Raphaël Poirée, véritable chef de file du biathlon tricolore, a décidé de raccrocher skis et carabine et de filer en Scandinavie entraîner les jeunes pousses norvégiennes. Au grand dam d'un giron fédéral attentiste, qui n'a pas fait grand-chose, à vrai dire, pour retenir l'octuple champion du monde...

Les Jeux de Turin avaient donc sacré Vincent Defrasne, sur la poursuite, et Florence Baverel, sur le sprint, mais également vu les deux relais se parer de bronze. Quatre ans plus tard, "Flo" et "Raph" ne sont plus là et l'équipe de France, qui ne possède plus de vrai leader, ne semble plus aussi forte. Vincent Defrasne n'est plus au niveau affiché sur la piste de San Sicario, même si l'homme de Pontarlier, qui fait tout de même un magnifique porte-drapeau, a depuis remporté un petit globe de cristal (celui de l'individuel en 2008). Pour preuve, "La Grenouille" ne cesse de reculer dans la hiérarchie mondiale : 6e en 2006, 15e en 2007 et 2008, 35e en 2009 et 32e pour l'instant en 2010. Il a su être l'homme d'un jour il y a quatre ans. Alors pourquoi pas à Vancouver ? Ca serait magnifique, mais comme Vincent me le confiait en début de saison : "Au Canada, mon titre de Turin ne m'apportera aucune aide sur les autres. Je repars à zéro. On est tous à égalité"...

Le constat que je fais est-il sévère ? Peut-être, mais les résultats parlent aussi. La première place au classement général de Simon Fourcade, hyper régulier mais qui ne joue jamais la gagne, est un peu l'arbre qui cache la forêt. On attend le déclic, Simon ! Cette saison, aucun Tricolore, aussi bien chez les dames que chez les messieurs, n'a décroché la moindre victoire. Les places d'honneur, c'est bien. Mais ça ne rapporte pas de médailles. Ici, il n'est pas question de mettre au pilori nos biathlètes. Au contraire. Ce sport ne nous déçoit jamais. Et j'espère que ce sera encore le cas à Vancouver, mais il faut être honnête : si les Bleus quittent Vancouver sans la moindre médaille, la déception sera énorme. D'autant plus que les relais ont prouvé cette année (1 victoire chez les hommes, 3 podiums en 4 courses pour les dames) qu'on pouvait leur faire confiance.

La relève est là mais est-elle prête pour le défi canadien ? Martin Fourcade peut être une bonne surprise. Il a le talent et la caisse pour. Tout comme Marie-Laure Brunet chez les filles. Sandrine Bailly obtiendra-t-elle une première médaille olympique individuelle ? C'est tout le mal qu'on souhaite à cette équipe de France qui n'a pas l'habitude de mettre à mal nos espérances.

FX
FRANCOIS-XAVIER RALLET

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Tout dépend à quel niveau on place le flop. Mais je crois en tout état de cause qu'il n'est pas réaliste d'attendre un bilan aussi positif qu'en 2006 à Turin. En Italie, le biathlon français avait obtenu quatre médailles, dont deux en or. Un résultat d'ensemble exceptionnel qu'il parait irréaliste d'espérer à nouveau au Canada. Avec 10 médailles sur les cinq dernières éditions des Jeux, le biathlon a obtenu en moyenne 2,5 médailles par olympiade. Avec des pics, comme à Turin, et un gros raté à Nagano en 1998. Le potentiel du groupe 2010 se situe probablement à mi-chemin entre ces deux extrêmes, soit pile poil dans la moyenne olympique du biathlon français depuis Albertville.

En 1998, au Japon, l'équipe de France se trouvait le cul entre deux générations. Certaines grandes figures des années 90, comme Patrice Bailly-Salins chez les hommes ou Anne Briand chez les femmes, avaient passé la main ou allaient le faire. Les stars de la décennie suivantes, Sandrine Bailly et bien évidemment Raphaël Poirée, s'annonçaient à peine. D'où le fiasco nippon. A Vancouver, la France sera orpheline pour la première fois depuis bien longtemps de Poirée. On a sans doute mal apprécié l'impact de celui qui n'est rien d'autre qu'un des plus grands champions de l'histoire du sport français. Je sais bien qu'il n'a pas donné sa pleine mesure dans le cadre olympique, mais sa présence imposante permettait aux autres de se réfugier derrière lui. Il y a quatre ans, Vincent Defrasne n'avait aucune autre pression que celle qu'il pouvait se mettre. Tout le monde attendait tout de Poirée et rien des autres. Ce confort, véritable luxe, plus personne ne peut en jouir chez les Bleus.

Néanmoins, il n'y a pas de raison de verser dans le catastrophisme. Le contingent de skieurs-tireurs tricolores a des atouts à faire valoir. Defrasne, malgré son absence de résultats, peut toujours sortir le grand jeu. Même constat pour Sandrine Bailly. Simon Fourcade est tout de même leader du classement général de la Coupe du monde. Ce n'est pas pour rien. Mais il est vrai que si ce groupe est homogène, il s'avance avec moins de certitudes qu'à Salt Lake City ou Turin. Si ça se goupille mal, le zéro pointé n'est pas à exclure dans les épreuves individuelles. Mais le collectif, lui, apporte des garanties que les individus ne peuvent offrir. Les filles sont montées trois fois sur quatre sur le podium cet hiver et les garçons ont signé une victoire. Si besoin, les relais devraient donc pouvoir sauver la mise. Alors, oui, un flop est possible, surtout si on prend Turin comme référence. Mais le fiasco total version Nagano doit pouvoir être évité. Cette équipe vaut mieux que ça.

Laurent
Laurent VERGNE

Source : Eurosport

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